Une poissonnerie en retrait, un défi d’attractivité
Une position excentrée en fond de magasin
Parmi les arrières trad du Centre Leclerc de Carpentras, la poissonnerie se distingue par une configuration particulièrement excentrée. Elle occupe l’extrémité de l’allée créée par les travaux d’extension, au fond de la surface de vente, dans un renfoncement en L encore plus reculé que les autres rayons traditionnels. Cette position, en rupture visuelle avec l’axe principal de circulation client, imposait de penser un dispositif spécifique pour guider le regard et favoriser l’accroche visuelle.
Un banc marée monumental conservé et valorisé
Autre donnée essentielle : le banc marée en place devait être conservé. Ce meuble inox tout en courbes, long de 14 mètres linéaires, constitue une pièce unique, conçue sur mesure pour ce magasin il y a plusieurs décennies. Son dessin remarquable, avec ses deux grandes courbes, leur contre-courbe centrale et deux extensions semi-circulaires, en fait un véritable marqueur identitaire du point de vente. Loin de constituer une contrainte, cette pièce spectaculaire est devenue le point d’ancrage autour duquel s’est articulé tout le travail de scénographie et d’habillage de la zone.
Le mobilier préexistant, par son volume et sa forme, imposait cependant une organisation spécifique de l’espace. Placé perpendiculairement à l’axe des autres comptoirs arrières trads, il n’était pas naturellement visible dans le parcours client. Il a donc fallu composer avec cette orientation en misant sur la profondeur de champ offerte par la grande allée centrale, et sur une mise en scène visuelle capable de capter le regard à distance. C’est là qu’interviennent les choix de décoration, de signalétique et d’éclairage mis en œuvre dans les différents élements de la zone.
Un décor sur mesure au service du mobilier existant
La double arche comme toile de fond narrative
L’intégration du banc marée dans une mise en scène valorisante passe d’abord par le traitement du mur de fond. Celui-ci accueille une double arche en saillie, composée de trois piliers massifs reliés par deux arcs. Ces éléments forment une structure symétrique encadrant deux panneaux de mur de bulles rétroéclairés, supports visuels majeurs du décor.
Le pilier central a été habillé de manière à dissimuler un placard technique, contenant notamment le tuyau de lavage utilisé pour le nettoyage quotidien du banc. Ce choix permet de préserver l’homogénéité visuelle tout en intégrant les contraintes fonctionnelles de la zone.
Une intégration dans le prolongement des arrières trads
Comme les autres rayons traditionnels, la poissonnerie bénéficie d’un habillage mural en feuille de pierre naturelle, ici dans une finition évoquant à la fois la roche brute et les quais maritimes. Ce revêtement est complété par un soubassement en tôle laquée, dans une teinte gris bleuté mate, qui se distingue discrètement de la finition argile foncé utilisée sur les bases et chapiteaux des piliers.
L’ensemble s’inscrit dans une logique d’harmonisation avec les arrières trads adjacents, tout en affirmant une identité propre à l’univers maritime. Le décor végétal latéral, disposé de part et d’autre des murs de bulles, renforce cette évocation en suggérant des plantes côtières ou des algues, selon l’imaginaire du visiteur.
Une cohérence esthétique fondée sur les formes
Courbes du banc marée et dessin du sol
Le dessin du sol a été conçu pour répondre aux courbes du banc marée. Une zone plus sombre a été créée en fond de rayon, délimitée par une courbe et une contre-courbe qui viennent en tangence avec celles du meuble inox. Ce travail de calepinage crée une continuité visuelle qui évoque la fluidité des vagues ou la rencontre entre terre et mer.
Le plafond suspendu en écho à la scénographie au sol
Dans le prolongement de cette logique formelle, le faux plafond suspendu reprend la même courbe, parfaitement alignée avec le dessin du sol. Cette zone surbaissée est constituée de plaques de tôle inox polie embossée, dont les reflets évoquent la surface de l’eau. L’intégration des luminaires et des sprinklers non déplaçables a demandé une coordination rigoureuse entre les différents corps d’état, en amont de la fabrication. L’ensemble contribue à une cohérence globale, visuelle et narrative, du sol au plafond.
Théâtralisation et évocation marine
Faux plafond inox embossé et jeux de lumière
La tôle inox embossée qui constitue le faux plafond n’est pas seulement un élément formel. Par sa surface polie et ses ondes régulières, elle reflète la lumière ambiante et participe pleinement à l’atmosphère du lieu. Elle interagit notamment avec les effets lumineux générés par les murs de bulles, dont les reflets bleutés animent la tôle et renforcent l’évocation de la surface de l’eau. L’intégration des luminaires et des sprinklers, dont l’emplacement ne pouvait être modifié, a nécessité une coordination étroite entre les corps d’état. Cette mise en lumière indirecte contribue à renforcer l’effet immersif du rayon.
Mur de bulles rétroéclairé et décor végétal côtier
Les murs de bulles sont constitués de grands panneaux alvéolaires remplis d’eau, animés par des colonnes de bulles insufflées depuis la base. Des rubans LED intégrés en périphérie assurent leur mise en lumière. Ces grandes surfaces lumineuses constituent un repère visuel fort, visible de loin, qui attire naturellement le regard au fond du magasin. Leur encadrement latéral par des panneaux de végétaux artificiels renforce l’effet d’évocation maritime, en rappelant les rivages, les algues ou les plantes littorales.
Une ambiance immersive évoquant le port et la mer
Tous ces éléments, disposés avec précision dans un espace contraint, visent à recréer une ambiance inspirée du port de pêche méditerranéen. Le banc marée devient l’étal du marché à la débarque, les murs de bulles ses abords aquatiques, et les murs habillés de pierre, des murets de quai. La réalisation soignée de l’ensemble donne ainsi à ce rayon reculé une identité forte, et transforme un emplacement discret en destination remarquable.
Un agencement aussi beau que fonctionnel
Habillage technique et protections murales
La dimension fonctionnelle du projet n’a pas été sacrifiée à l’esthétique. Dans cette zone soumise aux projections d’eau, les parois sont protégées par des revêtements adaptés. Le mur de fond reçoit un soubassement épais en feuille de pierre, complété par une protection en tôle inox de 40 cm de haut au pied des deux meubles de travail. Cette protection intermédiaire, à mi-chemin entre la plinthe et le soubassement mural, garantit la durabilité sans rupture visuelle. Ailleurs, le soubassement en tôle laquée reprend les codes des autres arrières trads.
Accès discret aux équipements de nettoyage
Le placard intégré dans le pilier central de la double arche abrite une lance à eau, indispensable pour le nettoyage à grande eau du banc marée. Son emplacement, pensé en amont, assure une grande discrétion sans nuire à l’accessibilité. Cette intégration soignée illustre la volonté de concilier confort d’utilisation et unité esthétique, jusqu’aux moindres détails.
Conclusion… d’un parcours
L’évocation du port de pêche, soigneusement scénographiée autour du banc marée, constitue le débouché naturel de l’allée commerçante des arrières trads. Elle prolonge de manière spectaculaire l’expérience client initiée dès l’entrée par le fronton suspendu. Le traitement de la poissonnerie illustre de façon exemplaire la problématique d’attractivité qui s’est posée pour l’ensemble des arrières trads, reculés de près de 15 mètres par rapport à leur signalétique d’origine, du fait de l’extension du magasin. Cette zone, la plus excentrée de toutes, en devient le point d’aboutissement scénographique.

















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