La loi Climat de 2021 annonçait un nouvel essor de la vente en vrac, après le coup de frein porté par la crise sanitaire. Mais elle laissait une large incertitude sur les modalités concrètes de son application. Avec le “décret vrac” (décret n° 2025-1102), le cadre se précise enfin.

Cet article propose un mémo pratique pour les professionnels de la GMS : les règles fixées et leurs conséquences pour l’agencement des surfaces de vente, éclairées par le point de vue de l’agenceur.

En bref

(sommaire cliquable)

Décret vrac : ce qu’il change pour les surfaces de vente

L’objectif : fixé par la loi climat, précisé par le décret vrac

Au 1ᵉʳ janvier 2030, les commerces de détail de plus de 400 m² doivent développer la vente de produits de grande consommation* (PGC) sans emballage primaire, y compris le vrac, jusqu’à atteindre 20 % au minimum.

Magasins et surfaces de vente concernés par le décret vrac

Sont visés les points de vente ≥ 400 m² pour lesquels les PGC représentent plus de 5 % du chiffre d’affaires annuel HT.

Calcul de la surface de vente PGC de référence

L’objectif porte sur les produits vendus non préemballés (vrac au sens strict, ventes assistées, ventes en quantité prédéfinie sans emballage primaire). La surface de référence est la surface au sol des meubles fixes dédiés aux PGC, après déduction :

  • des surfaces consacrées aux produits dont la vente en vrac est interdite (liste 120-7 C. conso) :
    laits liquides traités thermiquement, lait cru hors conditionnement immédiat, aliments pour nourrissons et publics fragiles, certains aliments et additifs pour animaux, compléments alimentaires, produits surgelés, produits biocides, substances ou mélanges nécessitant une sécurité enfant / marquage tactile de danger, piles, tampons, etc.
  • de 75 % des surfaces dédiées à certaines catégories (liste D.120-6 C. conso) :
    boissons alcoolisées, produits cosmétiques, détergents ménagers autres que ceux déjà interdits en vrac, produits d’hygiène à usage unique autres que le papier toilette et l’essuie-tout ménager, autres PGC déjà vendus dans des emballages primaires réemployables ou via dispositifs de recharge.

Les trois modes de calcul des 20 %

Pour atteindre les 20 %, chaque magasin peut choisir son “compteur”, corrigé selon les mêmes règles d’exclusion / modulation :

  • 20 % de la surface de vente PGC ainsi définie,
  • ou 20 % du chiffre d’affaires HT PGC,
  • ou 20 % du volume de ventes en nombre de références PGC.

Zones d’ombre et points de vigilance

Ce qui manque encore pour avoir une vision complète de l’application, sur ce sujet, de la loi Climat :

  • L’échelle des sanctions : le rapport qui doit préciser les modalités de contrôle et de sanction n’est pas encore publié.
  • L’expérimentation pour les magasins de moins de 400 m² : la loi prévoit une phase d’essai de trois ans, mais l’arrêté qui doit cadrer cette expérimentation n’est pas encore paru.
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Vente en vrac et agencement des surfaces de vente : enjeux, freins, leviers

Où en est le vrac en magasin aujourd’hui ?

Avant 2020, le vrac montait en puissance : magasins bio, boutiques spécialisées, rayons dédiés en GMS. Le marché du vrac est passé de 100 M€ HT en 2013 à 1,2 Md€ en 2019, tous circuits confondus hors produits frais (source ADEME et Réseau Vrac).
La crise Covid a brutalement cassé cette dynamique. Le contexte sanitaire puis inflationniste a amorcé une nette érosion des ventes. L’association Réseau Vrac rapporte une baisse de fréquentation estimée autour de 30 %.

Depuis, les nouveaux projets se sont raréfiés, surtout hors enseignes très engagées. Dans les ventes globales, la part du vrac reste modeste, bien qu‘une stabilisation, voire un frémissement de reprise ait été rapporté depuis un an par certains magasins bio et enseignes spécialisées.

Avec la loi Climat et le décret vrac, le sujet change de nature : on passe d’une logique quasi militante à une obligation chiffrée pour une partie des surfaces de vente. L’enjeu n’est plus “faut-il faire du vrac ?” mais “comment l’intégrer dans l’organisation globale du magasin sans perdre en efficacité ni en lisibilité”.

Aujourd’hui, cette remise en mouvement du vrac s’inscrit dans un environnement loin d’être simple :

  • consommation sous tension, avec des arbitrages prix serrés et des volumes PGC en léger recul ;
  • recomposition accélérée du paysage GMS (rachats de magasins, fermetures, changements d’enseigne) ;
  • tendance lourde à réduire les surfaces de vente des hypermarchés et à densifier l’offre, pour améliorer la rentabilité au mètre carré, en phase avec l’évolution des habitudes de consommation.

Dans ce contexte, chaque projet vrac doit trouver sa place dans des mètres carrés devenus plus rares et plus exigeants en termes de performance. Les freins côté exploitation et côté clients prennent alors tout leur poids.

Freins côté magasins et côté clients

Les freins au vrac sont bien identifiés. Ils relèvent à la fois du fonctionnement du magasin et du vécu client en rayon.

Côté magasins

  • Organisation du travail : remplissage, contrôle, nettoyage des équipements, gestion des stocks arrière et de la démarque (casse, erreurs de dosage).
  • Compétences et process : besoin de procédures claires, de formation spécifique.
  • Hygiène et réglementation : traçabilité des lots, gestion des allergènes, séparation de certaines familles, limites liées aux produits interdits ou très encadrés.
  • Économie du rayon : investissements en mobiliers et dispositifs, arbitrage mètre par mètre entre vrac, préemballé et autres services, exigence de productivité au mètre carré.

Côté clients

  • Complexité perçue : choix du contenant, dosage, étiquetage.
  • Ergonomie : bacs trop hauts ou trop bas, gestes peu naturels, crainte de renverser ou de se salir.
  • Hygiène perçue : manipulation partagée des commandes, proximité avec d’autres clients, doute sur la fraîcheur.
  • Lisibilité de l’offre : repères visuels insuffisants, informations éparses (prix, origine, allergènes), profondeur d’offre insuffisante au regard des habitudes de consommation.

Ces freins deviennent pénalisants lorsqu’ils sont mal gérés. Mais pour chacun, il existe déjà des réponses techniques et organisationnelles. La nouvelle réglementation va contribuer à les développer et stabiliser, en encourageant la généralisation des bonnes pratiques.

Visitez notre page dédiée à la vente en vrac

Les leviers de développement du vrac

La clarification réglementaire change la donne : avec un cap chiffré pour les surfaces de vente, les enseignes doivent passer d’initiatives ponctuelles à une organisation structurée.
Cette généralisation forcée va accélérer la standardisation des équipements et procédures, en s’appuyant sur des retours d’expérience mutualisés.

Côté client, la vente en vrac, devenue plus lisible, va plus facilement entrer dans les usages.
En outre, l’adhésion au zéro déchet progresse.
On passe ainsi peu à peu d’un acte militant isolé à un choix ordinaire, intégré dans la tournée de courses dès lors que le dispositif en magasin est simple et fiable.

Les fournisseurs de produits en vrac, de distributeurs et de solutions en magasin accompagnent cet essor par une forte dynamique d’innovation. Les agenceurs y participent pleinement.

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On peut citer comme exemples :

  • l’évolution des distributeurs dont nous équipons nos meubles de vente en vrac depuis près de quinze ans : nouveaux matériaux et fonctions apportent des progrès significatifs en hygiène, ergonomie et lisibilité en rayon. Les nouveaux porte-étiquettes et supports de PLV facilitent aussi l’intégration des marques nationales de référence.
  • le développement de plateformes mutualisées de conditionnement vrac, qui simplifient l’approvisionnement et la rotation en amont du magasin et optimisent la traçabilité et l’hygiène.
  • le système français de vrac à poche souple préremplie : une alternative intéressante pour répondre aux mêmes enjeux via un circuit d’approvisionnement spécifique. Nous sommes prêts à l’intégrer dans nos mobiliers dès qu’un client l’adoptera. Nous suivons également de près les progrès réalisés sur les dispositifs de vrac liquide et pâteux.

Le décret vrac va pousser cette courbe d’apprentissage encore plus loin, en élargissant le nombre de magasins concernés. En tant qu’agenceur, nous sommes pleinement engagés dans ce mouvement.

Le rôle de l’agenceur dans l’adaptation des surfaces au décret vrac

Adapter et innover pour la vente en vrac

Le meuble de vente en vrac est le point de rencontre entre produits, distributeurs, contraintes réglementaires, travail des équipes et parcours client. L’agenceur doit l’aménager au mieux pour une rencontre harmonieuse.

Notre rôle commence par le choix et la mise en place des dispositifs : sur sabot et tablettes ou bien sur barre de charge, avec des options de configuration adaptées aux contraintes de chaque point de vente.
Ensuite, autour des matériels standards intégrés aux présentoirs, il reste une large marge de manœuvre pour l’innovation.
Pour le magasin Terrabio d’Aubenas, par exemple, nous avons conçu avec l’exploitant un système de remplissage des silos par l’arrière qui sépare flux clients et flux de réassort.

À ces équipements de distribution s’ajoutent les fonctions annexes : mise à disposition des contenants, récupération des miettes, poste de pesée. Elles doivent être traitées dans une conception d’ensemble, ergonomique, efficace et cohérente esthétiquement.

Les enjeux de conformité règlementaire et de mise en valeur des produits et marques vont au-delà des supports d’information de chaque distributeur. Ils concernent aussi les affichages transverses. Certaines mentions sont désormais obligatoires, au sujet des contenants apportés par le client et des balances en libre-service.
Plutôt que des A4 improvisés, l’agenceur intégrera dès le départ des supports dédiés, au bénéfice de la lisibilité comme de l’image.

Un bon travail d’agencement anticipe les besoins, afin d’obtenir un rayon vrac à la fois attractif, conforme et fonctionnel dans la durée.

Ne pas oublier le marché frais et les arrières trad

La vente sans emballage primaire ne se limite pas au vrac sec.
Le marché frais et les rayons trads y représentent aussi des surfaces majeures : fruits et légumes, BVP, stands de découpe, charcuterie, fromages, olives en bacs gastro, saucissons, etc. Ils entrent dans ce cadre légal avec les mêmes enjeux de lisibilité, d’hygiène, de flux et de rentabilité au mètre carré.

L’effort des exploitants portera d’abord sur l’assortiment, en renforçant les offres sans emballage primaire au détriment des préemballés, mais aussi sur le développement de ces rayons.
Ils jouaient déjà un rôle clé en chiffre d’affaires, image, différenciation et relation client. Ils contribuent désormais pleinement à l’objectif des 20 % et deviennent un levier central pour y parvenir sans surcharger les linéaires de vrac sec.

Leur valorisation s’inscrit dans une tendance de fond : la réinvention du retail physique autour du frais, du service et des métiers.
C’est aussi le terrain de jeu historique de l’agenceur.
Une grande part de notre travail a porté sur l’agencement de ces zones, qui prennent une place croissante dans la surface de vente et doivent gagner en lisibilité, efficience et attractivité.

Nous avons publié ici des réalisations représentatives de cette logique : U Express Monteux, Leclerc Carpentras ou Hyper U Saint-Maximin.
Dans ces projets, le marché frais LS (FL, BVP, saucissons) et les arrières trad bénéficient d’une mise en scène valorisante. Ils occupent une place structurante dans le parcours client.

Pour un agenceur qui travaille ces sujets depuis des décennies, c’est un prolongement naturel, pas une rupture.

Préparer l’évolution des surfaces inférieures à 400 m²

Les magasins de moins de 400 m² ne sont pas encore soumis à l’objectif des 20 % sans emballage primaire, mais ils ne resteront pas hors champ très longtemps. La loi prévoit une phase d’expérimentation de trois ans pour ces formats, avec un cadre à venir.
Ils bénéficieront des mêmes dynamiques que les grandes surfaces : banalisation progressive du vrac, innovations sur les équipements et les process, montée de la demande zéro déchet, réinvention de l’expérience client.

Supérettes GMS, épiceries bio, magasins de proximité, commerces de centre-ville…
Pour eux, la contrainte est d’autant plus forte : peu de mètres carrés, équipes réduites, parcours client et organisation quotidienne d’autant plus délicats.
Ceux qui ont déjà adopté le concept de la vente en vrac doivent s’assurer de leur conformité à cette législation clarifiée (produits interdits ou réglementés, informations ou précautions obligatoires).
Les autres ont intérêt à tester une “dose réaliste” de vrac : une offre bien pensée, adaptée à leur clientèle et à leur positionnement. L’agenceur peut les assister dans leurs arbitrages : configuration des présentoirs, articulation avec l’offre existante. Et surtout, la conception et la fabrication sur mesure affineront au mieux l’adaptation à la configuration des lieux et aux habitudes de travail, ainsi que l’intégration à un concept visuel maîtrisé.

Pour un acteur également habitué à optimiser des surfaces contraintes (proximité, tabacs), les problématiques sont proches : chaque linéaire doit être lisible, exploitable au quotidien et rentable.

Conclusion

Avec le décret vrac, les règles du jeu sont plus claires. Le texte précise ce qui compte vraiment (produits et surfaces admissibles, corrections possibles) et ce qui reste interdit ou strictement encadré. L’enjeu pour les enseignes n’est pas seulement de “poser du vrac”, mais d’orienter durablement l’agencement de leurs surfaces de vente.

Dans cette trajectoire, la vente en vrac stricto sensu évolue dans le bon sens pour faciliter l’adaptation des exploitants et l’adoption par le public.
Pour autant, elle n’est qu’une partie de la réponse. Le marché frais et les rayons trad, déjà largement sans emballage primaire, prennent une importance accrue. Terrain connu pour les enjeux de flux, d’hygiène, de lisibilité prix et d’image, ils pèsent lourd dans le calcul des 20 %.
Les surfaces inférieures à 400 m², enfin, devront anticiper l’expérimentation à venir en intégrant le vrac et le zéro déchet dans un espace beaucoup plus contraint.

Que ce soit un domaine de spécialisation depuis plus d’une dizaine d’années (vente en vrac) ou notre cœur de métier depuis plus de 35 ans (marché frais et rayons trad), nous travaillons déjà au quotidien dans ces surfaces sans emballage primaire. C’est sur cette expérience de conception et de fabrication sur mesure, en chaîne courte, que nous nous appuyons pour proposer aux exploitants des solutions d’agencement lisibles, robustes et adaptées à leurs contraintes.

Ressources pour aller plus loin

Lexique

  • GMS : grandes et moyennes surfaces (supermarchés, hypermarchés, magasins de proximité intégrés aux enseignes).
  • PGC : produits de grande consommation (épicerie, boissons, hygiène-beauté, entretien, alimentation courante hors non-alimentaire spécialisé). Leur liste a été fixée par le Décret n° 2019-1413 du 19 décembre 2019.
  • Vente sans emballage primaire : vente de produits présentés nus ou dans un contenant réutilisable, y compris en vente assistée, libre-service ou en quantités prédéfinies.
  • Vente en vrac
    Définition légale (code de la consommation) : vente au consommateur de produits présentés sans emballage, en quantité choisie par le consommateur, dans des contenants réutilisables, fournis par le professionnel ou apportés par le client, en libre-service ou en service assisté.
    Cela inclut normalement une large part du marché frais LS et de la vente assistée en arrière trads.
    Mais dans les usages et dans le présent article, le terme est utilisé dans un sens opérationnel restreint aux rayons vrac structurés de PGC secs (silos, bacs, dispositifs dédiés), par opposition au marché frais LS et aux arrières-trads, traités à part.
  • Conditionnement amont : emballage dans lequel le produit est livré au magasin avant sa mise en vrac (sacs, cartons, poches souples, etc.).
  • Contenant client : récipient réutilisable apporté par le consommateur (bocal, boîte, sac, etc.). Sa propreté et son aptitude au contact alimentaire doivent être assurées par le client, le commerçant pouvant refuser un contenant manifestement inadapté.
  • FL : fruits et légumes, en libre-service ou vente assistée.
  • BVP : boulangerie-viennoiserie-pâtisserie, en LS ou au rayon traditionnel.
  • LS : libre-service (produits accessibles directement au client, sans passage obligé par un vendeur).
  • Rayons trad / arrières-trads : rayons « traditionnels » de vente assistée et zones de préparation associées (boucherie, charcuterie, fromages, traiteur, poissonnerie, etc.), situées à l’arrière des comptoirs de vente.

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